Wally Rhines, Mentor Graphics : "Les éditeurs d’outils de CAO ont un rôle important à jouer dans le domaine de la sécurité"

[SPECIAL ABONNES] De passage à Paris la semaine dernière, Wally Rhines, le CEO de Mentor Graphics, a présenté à un panel d’utilisateurs et de journalistes sa vision de la problématique de la sécurité, qui devient un enjeu majeur dans le cadre de la prolifération des objets connectés. ...Face aux enjeux liés à la sécurité, les éditeurs d’outils de conception et de vérification de circuits, à l’instar de Mentor Graphics, doivent faire face à un problème inédit.

« Dans le cadre classique de la vérification d’un circuit, là où Mentor a développé, comme les autres acteurs majeurs de la CAO, un savoir-faire très important, il s’agit d’être certain que la puce réalise parfaitement ce qu’elle est censée faire, sans erreur et conformément à ce que le concepteur avait imaginé, explique Wally Rhines. Avec la sécurité, la démarche est toute autre, puisque la question posée est la suivante : comment vérifier le comportement d’un circuit pour ce qu’il n’est pas supposé faire ? »

Une responsabilité forte

La problématique est entièrement nouvelle. Mais c'est une responsabilité forte qui pèse sur les épaules des concepteurs de circuits. Car, plus les pirates informatiques s’attaquent au cœur d’un système, c’est-à-dire au niveau du matériel, sous les couches logicielles basses, plus l’impact de l’attaque est élevé. Pour le CEO de Mentor Graphics, les éditeurs d’outils de CAO, et donc les concepteurs de circuits, sont concernés et peuvent intervenir sur trois niveaux de sécurité : la lutte contre l’insertion de logiques “malveillantes” au sein même d’un circuit, les mesures à prendre pour éradiquer les contrefaçons, et enfin la protection contre les attaques par canal auxiliaire (side chanel attack) envers un circuit électronique.

L’insertion de logiques malveillantes est un phénomène qui peut survenir à plusieurs endroits d’un flot de conception, notamment lors de l'insertion d’IP issues de tierces parties au moment du codage RTL ou d’IP physiques avant la vérification du layout. Pour lutter contre ce phénomène, l'une des solutions consiste à insérer au sein du design un coprocesseur sous la forme d’un bloc d’IP dont le rôle unique est de surveiller les bus de données et les bus d’adresses afin de détecter des communications non déclarées, qui peuvent être déclenchées par le microcode malveillant sur un événement quelconque. 

La mondialisation en question

En matière de sécurité, un autre point faible réside au niveau de la chaîne de conception et de fabrication d’un circuit, très mondialisée, avec des échanges d’informations nombreuses et répétées entre équipes du monde entier. Pour Wally Rhines, il devient donc impératif de « sécuriser cette chaîne afin de prévenir les contrefaçons au moment de la production, mais aussi de mieux surveiller les filières de recyclage propices à la prolifération des copies ». Wally Rhines milite ici pour la mise en place de réseaux privés virtuels (VPN, Virtual Private Network) dédiés à la supply chain de l’électronique.

Quant aux technologies de lutte contre les copies au niveau du circuit, le CEO de Mentor met en avant le fait qu’il faut « qu’elles soient conçues très en amont de la conception dans une démarche du type DFS ou Design for Security », avec par exemple l’insertion d’un odomètre qui mesure l’activité du circuit ou la mise en place de mécanismes d’activation du circuit lui-même, liés à des droits remis aux utilisateurs.

Rendre les IP sécurisées par conception

Enfin, en matière de protection vis-à-vis des attaques extérieures, que ce soit avec des méthodes passives (analyse de consommation d’un circuit, analyse électromagnétique) ou avec des méthodes actives (par laser ou par injection d’un champ électromagnétique), les éditeurs d’outils de vérification devront insérer dans leur méthodologie des simulations et émulations d’attaques par canal auxiliaire, avant le passage en production du circuit. Quant aux concepteurs de blocs d’IP, ils devront à l’avenir, selon Wally Rhines, « rendre leurs IP sécurisées par conception en étant capables de prouver via des mécanismes de certification la véracité de leur propos ». Avec la particularité dans ce domaine qu’il suffit d’avoir un temps d’avance sur les technologies d’attaque sans qu'il y ait besoin de chercher à sécuriser à 100% une conception, ce qui, de toute manière, est une utopie.