Trois questions à Alain Faburel, vice-président en charge de l’activité Sécurité de Crocus Technology

[SPECIAL ABONNES] Rencontré à l’occasion du salon Cartes Secure Connexions 2014 qui s’est tenu début novembre à Paris, Alain Faburel a détaillé pour l’Embarqué la feuille de route de la société Crocus Technology, connue pour sa technologie innovante de mémoire magnétique MRam. ...

Fin 2013, vous nous aviez assuré que 2014 serait une année décisive pour Crocus Technology. Qu’en est-il dans les faits ? ALAIN FABUREL Cette année, nous avons effectivement franchi une étape décisive dans le domaine des capteurs magnétiques qui, avec les mémoires et les microcontrôleurs sécurisés, constituent l’une des trois familles de produits de Crocus. La production en volume dans l’usine russe de Crocus Nano Electronics, dont nous détenons 51%, a démarré dans le courant du troisième trimestre et nous avons livré à nos distributeurs un million de pièces. Il s’agit de la première livraison d’envergure, après la récente qualification de la gamme de produits CTSX de Crocus. Plus sensibles que les capteurs à effet Hall et aptes à fonctionner jusqu’à des températures de 250°C, ces capteurs sont principalement destinés à des applications de détection de courant, de rotation ou de vitesse, ainsi que de permutation. D’autres commandes de plusieurs millions d’unités sont en cours de finalisation. A terme, nous envisageons de faire fabriquer dans une autre usine ailleurs dans le monde afin d’assurer une seconde source pour nos produits. Crocus Technology, je tiens à le rappeler, est une société véritablement fabless.   Crocus a récemment dévoilé avoir pris la tête d’un projet baptisé Multismart. A quand des retombées concrètes de ce projet ? ALAIN FABUREL 2014 a en effet également été marqué par le financement et le lancement du projet Multismart dont le but est de développer le premier microcontrôleur sécurisé doté d’une architecture à mémoire magnétique multibit. Ce circuit, dont les premiers exemplaires seront réalisés en technologie 40 nm, permettra de stocker 2 bits par cellule, et non plus un seul comme c’est typiquement le cas dans les mémoires intégrées dans les microcontrôleurs, et ce sans modification de la taille de l’élément. La compacité du microcontrôleur restera inchangée et l’augmentation de la densité mémoire offrira une plus grande flexibilité dans l’ajout de nouvelles fonctionnalités. Le projet réunit aussi Gemalto, qui travaille sur un OS apte à traiter le multibit, ainsi que deux laboratoires qui apportent leurs compétences en matière de sécurité : le Lirmm (Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier) et l’IM2NP (Institut Matériaux Microélectronique Nanosciences de Provence). Ces travaux vont avoir un impact direct sur l’effectif de Crocus à Rousset qui sera doublé d’ici à la fin 2015 pour passer à une vingtaine de personnes. Nous espérons sortir courant 2016 les premiers prototypes de microcontrôleurs issus du projet Multismart. Ils seront architecturés autour du cœur 32 bits SecurCore SC000 du britannique ARM dont nous avons acquis la licence en début d’année.   Crocus avait l’intention de démarrer en 2014 la production de sa première génération de microcontrôleurs sécurisés. Où en êtes-vous ? ALAIN FABUREL Cet agenda a légèrement glissé. Nous sommes dans la phase de mise en place de l’industrialisation. En tout état de cause, la production de la première génération de nos microcontrôleurs sécurisés, basés sur un cœur 32 bits de la société Cortus, des blocs de cryptographie et un bloc mémoire MRam et gravés en technologie 90 nm, va démarrer en avril 2015 dans l’usine de Crocus Nano Electronics avec une montée en charge durant le second trimestre de l’année prochaine. Ils seront potentiellement disponibles dans une version encartable pour cartes SIM, mais aussi dans une mouture embarquée, logeable en tant qu’élément sécurisé dans un boîtier SiP aux côtés d’un front-end NFC. Cette version peut intéresser des fabricants de semi-conducteurs comme NXP ou STMicroelectronics. Plus globalement, le marché du NFC constitue notre cible numéro un, mais nous visons aussi les marchés du M2M, de l’Internet des objets et des terminaux de paiement de type mPOS.   Propos recueillis par Pierrick Arlot