Avec le G.fast, le gigabit par seconde se déploiera dès 2015 sur la ligne téléphonique ![SPECIAL ABONNES] 2015 sera l'année des premiers déploiements de la technologie G.fast qui promet d'enfoncer les performances du VDSL2 en autorisant en théorie un débit descendant de plus de 1 Gbit/s sur les fils de cuivre téléphoniques. ... En matière d’accès à très haut débit, la ligne téléphonique de Papa a encore de beaux jours devant elle ! Alcatel-Lucent compte en effet lancer au cours du premier trimestre 2015 des équipements réseau compatibles avec la récente norme UIT G.fast (ou G.9701). Une norme qui promet, moyennant l’utilisation d’une bande de fréquence de 106 MHz (contre 17 MHz ou 30 MHz pour le VDSL2, voire illustration ci-dessous), un débit théorique descendant de plus de 1 Gbit/s sur quelques dizaines de mètres de fils de cuivre téléphoniques et jusqu’à 500 Mbit/s sur une distance de 100 mètres. Selon l’équipementier, ce lancement commercial fera suite à une douzaine d’essais réalisés avec des opérateurs comme BT, Orange ou A1, une filiale de Telekom Austria qui a travaillé avec Alcatel-Lucent sur le déploiement d’un réseau pilote. On rappellera que c’est avec A1 que le groupe franco-américain avait réalisé en 2013 un premier test en laboratoire de la solution G.fast avec vectorisation au cours duquel des débits de 1,1 Gbit/s sur 70 mètres et de 800 Mbit/s sur 100 mètres avaient été enregistrés. De fait, le débit sur ligne téléphonique peut fortement chuter en présence d’interférences, ce qui est le cas dans des câbles où cohabitent plusieurs paires de cuivre véhiculant des services à haut débit. Selon Alcatel-Lucent, la vectorisation G.fast permet de gommer ces interférences et de stabiliser la qualité de transmission. Performances envisagées avec la technologie G.fast avec ou sans vectorisation (source : Alcatel-Lucent)
Bien évidemment, le groupe français n’est pas le seul équipementier télécoms à s’engager fortement dans le développement du marché G.fast. Le chinois Huawei, qui planche sur le sujet depuis 2010, a déjà annoncé avoir réalisé des tests de laboratoire avec des opérateurs comme Orange, Deutsche Telekom ou Vodafone et mené des démonstrations sur le terrain avec BT dès septembre 2013 ainsi qu’avec TeliaSonera en Finlande ou avec Swisscom… L’américain Adtran s’est également impliqué dans la standardisation de la norme G.fast. Il faut dire que les opérateurs s’y intéressent de près dans le cadre du déploiement des réseaux d’accès FttDP (Fiber to the Distribution Point). Comparaison des architectures FTTH et FTTdp (avec G. fast) (source : Sckipio)
Prôné notamment par le Broadband Forum, le FttDP est une nouvelle architecture de réseaux à très haut débit consistant à déployer de la fibre optique jusqu’à un point proche des logements des abonnés situé à l’extérieur ou à l’intérieur d’un bâtiment résidentiel, puis à réutiliser le câblage téléphonique en cuivre existant sur la partie terminale (une cinquantaine de mètres en général). Avec l’avantage, pour l’utilisateur, d’une installation aussi simple que celle qui prévaut aujourd’hui pour les box ADSL… tout en bénéficiant de débits qui n’ont rien à envier à la fibre optique pour la diffusion de flux vidéo de résolution 4K/8K, les applications de visioconférence, le transfert de gros volumes de données pour stockage dans le cloud, etc.
Les fournisseurs de box en embuscade
Certains fabricants de box ont d’ailleurs déjà pris le taureau par les cornes. A l’occasion du Broadband World Forum qui se tient à Amsterdam du 21 au 23 octobre, Sagemcom a ainsi lancé sous la référence F@st 5360 une première passerelle résidentielle compatible G.fast dédiée aux infrastructures d’accès FTTdp. La société française, qui a déjà collaboré par le passé avec Alcatel-Lucent pour assurer l’interopérabilité de ses box avec les équipements réseau du géant des télécoms dans le cadre du déploiement de la technologie de vectorisation VDSL2, compte faire de même pour accélérer l’introduction du G.fast. La passerelle F@st 5360 Sagemcom supporte également les technologies WAN Gigabit Ethernet, GPON/EPON (via un module optique SFP), A/VDSL2 ainsi que la vectorisation VDSL2. Côté réseau résidentiel, l'équipement implémente aussi le procédé multi-antennaire et multi-utilisateur MU-Mimo, le Dect CAT-iq (pour les communications vocales HD) ainsi que le NFC. "Afin de répondre aux attentes des abonnés et aux objectifs de régulation en matière de services haut débit, les opérateurs se tournent de plus en plus vers des technologies FTTdp, confirme Teresa Mastrangelo, fondatrice du cabinet d’analystes Broadbandtrends. La technologie G.fast, avec sa capacité à fournir des débits similaires à la fibre optique sans nécessiter les délais, coûts et perturbations liés aux déploiements FTTH (Fiber To The Home), va jouer un rôle clé dans les stratégies très haut débit des opérateurs."
Du côté des fournisseurs de semi-conducteurs, on n’est pas en reste. Mais la palme de la précocité revient à la jeune société israélienne Sckipio Technologies. Créée en 2012, la start-up a récemment commencé à livrer des premiers échantillons d’ingénierie de circuits intégrés G.fast à plusieurs de ses partenaires équipementiers. Dans la pratique, Sckipio a développé deux types de circuits, l’un dédié aux concentrateurs pour points de distribution (DP3000) et l’autre conçu pour les boîtiers d’abonnés (CP1000). Ces circuits, insiste l’Israélien, ont été développés à partir d’une feuille blanche et ne sont pas des resucées de solutions VDSL préexistantes.
Une première sur le Broadband World Forum
Sur le Broadband World Forum, Sckipio a ainsi pu effectuer la démonstration d’une installation G.fast capable de transférer un débit de 700 Mbit/s vers seize boîtiers-abonnés simultanément et ce via un câble de seize paires téléphoniques long d’une cinquantaine de mètres. Cette première démonstration publique d’une solution G.fast à 16 ports repose sur un design de référence d’un concentrateur pour point de distribution (DP3016-EVM DPU) architecturé autour de quatre circuits intégrés DP3000 à quatre ports et mettant en œuvre des algorithmes de vectorisation (voir schéma ci-dessus). A noter que plusieurs sociétés ont prévu de lancer des équipements architecturés autour des circuits de Sckipio. C’est notamment le cas de Suttle, VTech, XAVi et Zinwell. L’allemand Lantiq, pour sa part, a d’ores et déjà annoncé un design de référence pour passerelle résidentielle basé sur son processeur réseau multicœur GX330 et le CP1000 de la start-up israélienne.
Les fabricants de semi-conducteurs plus installés sont aussi sur le coup. Lors du Broadband World Forum, Broadcom, par exemple, a assuré que son circuit intégré de type SoC BCM63138, basé sur un double coeur ARM Cortex-A9 et conçu pour le marché des passerelles résidentielles, avait été doté de fonctionalités G.fast... L'Américain a par ailleurs introduit sur la manifestation un jeu de deux nouveaux circuits VDSL pour points de concentration (le DSP BCM65200 et le frontal analogique BCM65900) capables, dixit la société, de supporter jusqu'à 32 lignes VDSL2 ou jusqu'à six lignes G.fast.
Face à cet engouement pour la technologie G.fast, le Broadband Forum a mis en place un programme de certification ad hoc et a retenu le laboratoire d'interopérabilité de l'université du New Hampshire (UNH-IOL) comme seule entité habilitée à effectuer des tests de conformité. A ce titre, le laboratoire va tester des produits G.fast au cours du premier semestre 2015 et accorder ses premières certifications durant l'automne de l'année prochaine. L'UNH-IOL, qui prévoit d'organiser un premier plugfest d'interopérabilité de jeux de circuits G.fast en janvier, compte également mettre sur pied un consortium industriel dédié à la promotion de la récente norme UIT.
Et ce n'est pas fini !
Pour la paire téléphonique, l’histoire toutefois ne va pas s’arrêter avec le G.fast. Durant l’été dernier, les Bell Labs, l’entité de recherche d’Alcatel-Lucent, ont établi un nouveau record sur lignes téléphoniques traditionnelles en portant le débit supporté à 10 Gbit/s ! Pour ce faire, les laboratoires de l’équipementier ont mis en œuvre une technologie prototype appelée XG-Fast, une extension du standard G.fast qui utilise une bande encore plus large, de l’ordre de 500 MHz, pour fournir des débits plus élevés… sur des distances plus courtes. Les Bell Labs ont ainsi pu enregistrer un débit symétrique de 1 Gbit/s sur une distance de 70 mètres (et une bande passante de 350 MHz) avec une seule paire de cuivre standard. La transmission à 10 Gbit/s a pu être réalisée sur une distance de 30 mètres en utilisant deux paires téléphoniques via la technique de « fusion » (bonding).
Comparaison des différentes technologies (source : Alcatel-Lucent)Technologies Fréquences Débit global maximal Distance maximale VDSL2* 17 MHz 150 Mbit/s 400 mètres G.fast phase 1* 106 MHz 700 Mbit/s 100 mètres G.fast phase 2* 212 MHz 1,25 Gbit/s 70 mètres XG-Fast des Bell Labs** 350 MHz 2 Gbit/s (1 Gbit/s en symétrique) 70 mètres XG-Fast des Bell Labs avec bonding*** 500 MHz 10 Gbit/s (deux paires) 30 mètres * Selon les standards du secteur. G.fast permet à l’opérateur de configurer les vitesses de téléchargement (upload et download). ** En laboratoire, avec reproduction des conditions réelles de distance et de qualité du cuivre. *** Conditions de laboratoire. |