En octobre 2017, Dell se disait prêt à investir un milliard de dollars sur trois ans pour s’imposer dans l’Internet des objets et plus précisément dans l’edge computing. Cette sorte d’informatique géodistribuée vise, rappelons-le, à répartir les ressources de calcul, d’intelligence, de communication, de contrôle/commande et de stockage au plus près des équipements et objets connectés ...(dans les passerelles placées en bordure de réseaux par exemple, voire dans les objets eux-mêmes), plutôt que de les concentrer sur des serveurs au cœur des infrastructures Internet, comme c’est le cas avec la traditionnelle informatique en nuage (cloud computing).
L’industrie dans son ensemble ne s’y trompe pas et les grandes manœuvres autour de l’edge computing vont bon train, tant du côté des grands éditeurs de logiciels (Amazon Web Services, Google, Microsoft…) que des équipementiers de l’embarqué (ADLink, Advantech, Eurotech, Kontron, etc.). Les géants de l’informatique commencent aussi à se positionner et après Dell, c’est HPE (Hewlett Packard Enterprise) qui avance aujourd’hui ses pions.
La firme américaine a annoncé le 19 juin dernier sa volonté d’investir 4 milliards de dollars sur quatre ans dans les technologies intelligentes pour l’edge computing et les services associés. « Les données constituent la nouvelle propriété intellectuelle des entreprises et celles qui peuvent en extraire de l’intelligence, que ce soit dans le milieu hospitalier ou dans une voiture autonome, disposeront d’un avantage compétitif », souligne Antonio Neri, président et CEO de HPE.
Il faut dire que les chiffres parlent en faveur de l’edge computing. Selon Gartner, d’ici à 2022, 75% des données générées par les entreprises seront créées et traitées hors des centres de données traditionnels, contre moins de 10% en 2018. Elles seront générées en périphérie des réseaux, sur une plate-forme pétrolière, au niveau d’un étage de magasin ou dans un dispositif médical par exemple, et devront être analysées sur place de façon quasi instantanée, avec une tolérance zéro en termes de latence.
« La prochaine évolution de l'informatique d'entreprise portera sur les architectures edge-to-cloud, ajoute Antonio Neri. Les entreprises auront besoin de millions de nuages distribués pour récupérer des informations en temps réel et générer des expériences personnalisées exactement à l’endroit où se passe l’action. » Dans ce cadre, HPE estime disposer d’un avantage non négligeable avec Aruba, une société acquise par l’Américain en 2015 déjà présente sur le créneau des technologies edge intelligentes comme la connectivité réseau, la sécurité, les commutateurs sur site, les services géolocalisés, l’analytique et la qualité de service.
Dans les quatre ans qui viennent, le groupe informatique compte investir en R&D dans des domaines comme la sécurité, l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, l’automatisation et l’edge computing. HPE devrait notamment accentuer ses efforts sur le calcul orienté mémoire (Memory-Driven Computing) dont la vocation est d’accélérer la vitesse, la précision et l’efficacité des traitements localisés en périphérie de réseaux. A suivre donc.
