Très haut débit : avec le VDSL2, la bonne vieille paire de cuivre bouge encore !

La technologie VDSL2, qui doit permettre à la traditionnelle paire de fils de cuivre téléphonique de supporter en pratique des débits de l'ordre de 50 Mbit/s, sera généralisée en France à partir de l'automne. Avec le déploiement ultérieur de la "vectorisation", le VDSL2 pourrait éventuellement voir cette valeur multipliée par deux ! ... 

Environ 270 milliards d’euros. Telle est la somme qu'il semblait falloir investir pour atteindre l’objectif de la Commission européenne de doter à terme tous les foyers du Vieux Continent d’un accès Internet à au moins 30 Mbit/s. Calculé en prenant l’hypothèse d’un déploiement de la fibre optique jusque chez (presque) tous les abonnés, ce montant serait toutefois très largement surestimé. Selon la société d’analystes Point Topic, la généralisation du très haut débit à tous les abonnés européens nécessiterait des investissements situés plutôt aux alentours de 82 milliards d’euros. Pour arriver à ce chiffre, Point Topic a pris comme postulat de départ le fait qu’à la fin 2011, 50% des foyers en Europe étaient déjà couverts par un réseau d’accès à très large bande. Et a avalisé les progrès réalisés par la technologie de transmission à haut débit sur lignes téléphoniques VDSL (Very high-bit-rate DSL). Une technologie moins chère à déployer que le FTTH (Fiber-to-the-Home) et dont l’intérêt est surtout évident dans les zones urbanisées.     Le spectre de fréquences utilisé par les transmissions ADSL2+ et VDSL2   Cette réflexion, l’Hexagone l’a aussi menée de son côté… tout en prenant les précautions d’usage. Ainsi, le 26 avril dernier, après deux ans d’études et d’expérimentations, le comité d’experts Cuivre, piloté par l’Arcep, l’autorité de régulation en charge des télécommunications en France, a rendu un avis favorable quant à l’introduction de la technologie VDSL2 sur la boucle locale de cuivre de France Télécom. Une technologie qui promet un débit supérieur à l’ADSL2+ sur la traditionnelle paire téléphonique de cuivre, dès lors que la longueur n'excède pas 1 km, et qui, en pratique, devrait assurer un débit descendant réel situé aux alentours de 50 Mbit/s, tout du moins pour les lignes les plus courtes.   Des DSLAM déjà compatibles VDSL2   Dans les faits, une pré-généralisation de la technologie sera lancée au cours de l’été 2013 dans deux départements, la Dordogne et la Gironde. Au cours de cette phase, les opérateurs tiers (comme OVH qui lancera le VDSL2 dans l’agglomération bordelaise durant l’été) pourront affiner leurs offres, former leurs services client, valider leurs processus de dépannage, etc. Dans l'hypothèse où aucun contretemps ne viendrait retarder les dernières étapes nécessaires à l'introduction du VDSL2, cette technique pourrait alors être utilisée par les opérateurs sur l’ensemble du territoire au cours de l’automne. Ainsi, OVH, après Bordeaux, proposera le VDSL2 sur l’ensemble des NRA (les centraux téléphoniques dans le langage courant) que l’opérateur a dégroupés dans les villes de Lille, Paris, Marseille et Lyon. Une affaire d’autant plus simple à réaliser que, depuis 2010, les DSLAM d’OVH sont tous compatibles VDSL2. « L’ensemble de nos abonnés ADSL éligibles au VDSL2 seront automatiquement basculés sur cette technologie dès son lancement partout en France. Un e-mail les avertira de ce changement », précise Laurent Proust, responsable des activités xDSL chez OVH, sur le site de l’opérateur.   L'avis rendu en avril par le comité d'experts Cuivre, où émargent des opérateurs dont France Télécom et des équipementiers, est en fait l'aboutissement d'une procédure dont l'objectif était de valider l'utilisation du VDSL2 sur le territoire hexagonal dans une configuration de dégroupage, sans grever les performances des technologies DSL existantes. Il se peut en effet sur le terrain que des paires téléphoniques véhiculant des services à différents débits (VDSL2, SDSL, ADSL2+…) se retrouvent au sein d’un même toron et soient susceptibles de générer des perturbations électromagnétiques les unes envers les autres. Lors de ses travaux, le comité d’experts Cuivre a donc identifié les profils VDSL2 descendants et remontants les mieux adaptés pour réduire ces perturbations. Au prix, évidemment, de performances moindres en termes de débit. D’où les 50 Mbit/s, sachant qu’en théorie la technologie VDSL2 autorise un débit maximal de 100 Mbit/s (voir le graphe ci-dessus).   Par ailleurs, pour des raisons techniques, l'examen de l'introduction du VDSL2 dans l’Hexagone a été limité aux lignes téléphoniques dites en « distribution directe ». Au travers de cette expression, le régulateur cible  les lignes directement reliées à un NRA « classique » équipé d’un DSLAM VDSL2, et celles issues d'un réaménagement de réseau, et notamment celles connectées à un NRA installé au niveau d’un sous-répartiteur dans le cadre d’un projet de montée en débit via l'offre PRM (Point de raccordement mutualisé), le « nouveau » NRA étant raccordé, lui, par fibre optique à l’infrastructure réseau. Selon l’Arcep, les logements résidentiels et les locaux professionnels qui devraient ainsi bénéficier, via le VDSL2, d’un service haut débit plus performant que celui permis par la technologie ADSL2+ représentent environ 5 millions de lignes téléphoniques (voir le tableau ci-dessous). Sur ce nombre de lignes principalement concentrées dans les zones qui ne feront pas l’objet de déploiements FTTH à court terme, 1,8 million pourrait se voir proposer un débit supérieur à 30 Mbit/s !     Le VDSL2 ne constitue pas, toutefois, la fin de l’Histoire pour la bonne vieille paire téléphonique en cuivre. Couplée avec d’autres procédés d’amélioration de la transmission de données, la technologie dite de « vectorisation » pourrait en effet, selon certains spécialistes, multiplier encore par deux, voire quatre, le débit théorique en ligne par rapport au VDSL2 classique. La vectorisation, qui fait l’objet d’une recommandation UIT depuis 2010 sous la référence G.993.5 (anciennement G.vector), est un procédé algorithmique de traitement du signal qui permet de contrer les phénomènes de diaphonie entre paires de cuivre véhiculant des services à haut débit VDSL2 dans un même câble. Ces phénomènes s’avèrent en effet d'autant plus importants que l'on monte en fréquence, ce qui limite les performances réelles du VDSL2. Dans son principe général, la vectorisation impose coordination et synchronisation de tous les émetteurs/récepteurs afin que l’impact de la diaphonie soit globalement annulé sur l’ensemble des paires téléphoniques grâce à des algorithmes de traitement du signal appliqués au niveau du DSLAM.   Plus d'un million de lignes déjà équipées de la vectorisation VDSL2   Plusieurs fabricants de circuits d’accès ADSL2+/ VDSL2 ont déjà commencé à implémenter concrètement la technologie de vectorisation sur une partie de leur offre respective. C’est le cas notamment de Broadcom, Ikanos, Lantiq (voir la photo ci-contre), Realtek et Triductor qui, en septembre 2012, ont participé à un premier test d’interopérabilité de solutions compatibles G.vector sous l’égide du Broadband Forum. Depuis, d’autres tests de ce type ont été menés, celui de fin février ayant même réuni une quinzaine de participants dont plusieurs équipementiers comme Adtran, Alcatel-Lucent, AVM, Calix, Cisco, Exfo, Netgear, Real Communications et Technicolor.   A noter qu’Alcatel-Lucent, qui a lancé la commercialisation de la vectorisation VDSL2 dès 2011, affirme avoir déjà livré un million de lignes ainsi équipées, notamment pour Belgacom (qui avait commencé à déployer le VDSL2 dès 2008) et Telekom Austria. Selon l’équipementier, la vectorisation booste les connexions cuivre existantes pour offrir des débits de 100 Mbit/s en liaison descendante sur des distances allant jusqu’à 400 mètres. Alcatel-Lucent a également participé au premier essai combinant la vectorisation VDSL2 et le procédé de fusion (bonding), technique qui consiste à fusionner plusieurs paires de cuivre téléphoniques en un seul canal de transmission, et qui double la distance sur laquelle il est possible de maintenir un débit de 100 Mbit/s. De quoi garantir un bel avenir à la paire téléphonique !