Modules IoT : bisbilles entre Quectel et Telit devant la justice américaine autour de la sécuritéLa société chinoise Quectel, un des principaux fournisseurs mondiaux de solutions de connexion radio pour l’IoT, annonce avoir déposé une plainte aux États-Unis, contre son concurrent américain Telit, fournisseur lui aussi de modules IoT sous la marque Telit Cinterion, pour publicité mensongère, concurrence déloyale et cyberattaque. Ce litige est une illustration de l'imbrication croissante de la cybersécurité, de la géopolitique et de la concurrence commerciale sur le marché de la connectivité IoT. Ainsi, les préoccupations liées à la sécurité, notamment l'origine et l'intégrité des modules sans fil, sont devenues un enjeu majeur pour les fabricants d'équipements IoT. Face à l'intensification de la surveillance géopolitique des fournisseurs de technologies chinois, les questions de sécurité des appareils, de fiabilité de la chaîne d'approvisionnement et d'indépendance des fournisseurs influencent désormais de plus en plus les décisions d'achat. Dans ce contexte, Quectel Wireless Solutions accuse Telit IoT Solutions de mener une campagne destinée à nuire à sa réputation et à ses relations commerciales. La plainte, déposée le 30 octobre 2026 auprès du tribunal de district des États-Unis, juridiction fédérale de première instance du système judiciaire américain, indique que Telit a diffusé des informations fausses et trompeuses concernant les produits Quectel, tout en se présentant comme une alternative occidentale plus sûre. Dans le détail, selon la plainte, Telit a propagé des affirmations suggérant notamment que les modules IoT de Quectel pourraient être manipulés par le gouvernement chinois. Quectel conteste bien évidemment ces allégations et soutient que ses produits ont fait l'objet de présentations trompeuses auprès des utilisateurs de ses technologies, la société affirmant notamment qu'elle ne peut pas contrôler à distance ses modules IoT vendus aux États-Unis, échanger directement des données avec ces appareils ni déployer à distance des mises à jour de micrologiciel par liaison radio ses modules, sans en référer explicitement à l’utilisateur. Ces débats soulèvent une préoccupation technique majeure pour les fabricants d'objets connectés, à savoir jusqu’où les fournisseurs de modules peuvent avoir un accès aux équipements déployés et comment les mécanismes permettant de gérer le micrologiciel et les données sont mis en place de manière transparente pour l’utilisateur. On peut noter que ce litige intervient aussi dans un contexte de surveillance accrue, de la part des États-Unis, mais aussi des gouvernements européens, vis-à-vis des entreprises technologiques chinoises actives dans les infrastructures de communication et les objets connectés. En janvier 2026, le département américain de la Défense a par exemple ajouté Quectel à une liste d'entreprises qu'il identifie comme ayant des liens avec l'armée chinoise. Affirmation que Quectel dénonce. Au fond, la question posée par cette affaire qui dépasse les deux protagonistes concernés, est de savoir si les arguments relatifs à la sécurité d’un produit, utilisés dans le cadre d'une concurrence commerciale, constituent ou non des pratiques illicite, y compris si les modules de connectivité cellulaire sont intégrés à des produits connectés susceptibles de rester opérationnels pendant de nombreuses années. In fine, au-delà de l'issue finale de ce litige, ce dernier met sur le devant de la scène une problématique émergente pour le secteur de la connectivité IoT, à savoir que la cybersécurité et les considérations géopolitiques influencent de plus en plus les décisions d’achat des utilisateurs finaux, la justification des affirmations des fournisseurs en matière de sécurité prenant un importance commerciale de premier plan. |